Depuis que Mafia III a été lancé dans la campagne promotionnelle en Août 2015, le titre de 2K et Hanger 13 a suscité diverses interrogations, dont la nôtre, dernière en date lors de la Gamescom 2016 et que vous pouvez retrouver ici-même. Nous avions pu constater le terrible contraste entre les brassées de bandes-annonces et de vidéos qui nous en mettaient plein les yeux, et la concrétisation manette en main. Avec pas mal de soucis techniques et graphiques, nous étions ressortis sceptique de cette expérience. Six ans après Mafia II (plus de temps entre GTA IV et GTA V !), la suite a suffisamment de bagages proposés pour que nous en exigions beaucoup. Finalement, après vingt heures de jeu, il est temps d’établir notre verdict.

 

Mafia 3 se déroule en 1968, soit près de vingt-cinq ans après les événements du précédent opus de la licence. Suite directe ? Pas vraiment. Si nous changeons de personnage, radicalement différent de Vito Scaletta (Mafia 2), le background reste le même. En filigrane se dessinent en effet certains enjeux déjà présents précédemment, et d’ailleurs, certains personnages reviendront pour votre plus grand plaisir (comme, justement, Vito, ou l’un des membres de la famille Falcone – sans trop en dire). Vous évoluez dans une ville fictive fortement inspirée de la Nouvelle-Orléans : New-Bordeaux. On incarne dans tout cela un jeune afro-américain nommé Lincoln Clay, revenant de la guerre du Viêt Nam et appartenant à une petite famille de la « pègre noire ». Attaché viscéralement à ces liens qui l’unissent avec son demi-frère, son « padre » et d’autres camarades, Clay va très rapidement basculer dans la vendetta vengeresse lorsqu’il devient le seul survivant de ce cartel. Trahi par Salvatore Marcano, la crème de la crème de la mafia, notre avatar va retrouver son ancien camarade de guerre pour retracer un part un les lieutenants de la famille Marcano jusqu’à remonter à la tête. Une histoire assez classique en soi, mais rattrapée par une narration et une ambiance saisissantes.

 

Une narration (presque ?) parfaite

 

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Le gros point fort du jeu, incontestablement, s’avère être la narration. Dès le début, le joueur est plongé dans un récit façon enquête judiciaire déstructurée, se situant dans les années 80-90, et revenant par petits bouts et à la façon de flashback, sur les événements qui se sont déroulés en 1968. Immédiatement, un flux de questions émergent. La suite de la narration, très bien menée, éclaircit progressivement l’intrigue et annonce les prémices d’une aventure sanglante. Les scénaristes du jeu s’attaque d’emblée à une époque assez complexe et surtout plutôt tabou dans les relations interraciales entre personnes dites « de couleur » et les « blancs ». Ségrégation, climat de guerre civile, assassinat de Kennedy puis de Martin Luther King, expansion de la pègre et de la corruption policière, bref, que des thèmes qui ne sont pas nécessairement là pour faire la fierté de l’Amérique. Le tout est très bien assuré par des dialogues percutants, fréquemment très (trop ?) vulgaires, et d’un casting de personnages dans la globalité très sympathique.

 

L’ambiance est évidemment au beau fixe. C’est aussi l’une des autres grandes qualités de la licence en générale. Bénéficiant d’une BO très riche, composée également de tous les gros hits musicaux des années 60, Mafia 3 est une saveur auditive. Ajoutez à cela le cadre très bien choisi de New-Bordeaux et qui a droit, parfois, à ses moments de grâce via des plans carte-postale de toute beauté. Les développeurs ont réussi à distiller des atmosphères particulièrement hétérogènes et immersives selon que vous fréquenterez le centre-ville, les marais du bayou, les quartiers ségrégés, ou la zone industrielle… Bref, chaque coin a son identité, ses activités, ses fréquentations et donc son ambiance distincte. Un tour de force très louable et qui a de quoi plonger le joueur dans le dernier né de Hangar 13 et 2K… Ou presque.

 

Assassin’s Mafia 3

 

mafiaiii_ps4_test_011Mafia 3 est un open-world, et comme tout open-world qui se respecte, le titre amène tout ce qui est attendu d’un tel prétendant au genre. De ce point de vue-ci, Mafia 3 est un géni dans le lieu-commun. Il répond à l’attente des joueurs mais ne dépasse aucune espérance et ne va pas plus loin. Orgie de missions secondaires ultra-répétitives dont la seule variation est le nom de la mission : en gros, on pourra les décrire rapidement : certaines consisteront à éliminer une cible précise, d’autres à voler ou brûler des documents, ou de voler un véhicule, ou encore à interroger quelqu’un. Ces missions vous rapportent bien entendu de l’argent, et au-delà de ça, permettent de reprendre le contrôle de certains quartiers de la ville de New-Bordeaux.

 

mafiaiii_ps4_test_018En effet, chaque quartier de New-Bordeaux est contrôlé par un lieutenant ayant prêté allégeance à la famille Marcano, celle dont vous devez vous venger. Chaque verse dans ses activités particulières : contrebande d’alcools, trafic d’armes ou de drogues, chef du crime, chef de la police corrompue, etc. Chaque quartier est lui-même divisé en petits secteurs avec des missions secondaires. Lorsque toutes celles-ci sont accomplies, vous avez alors la possibilité d’affronter le lieutenant du quartier et, une fois éliminé, de mettre à la place l’un de vos lieutenants. Non, nous ne parlons pas d’Assassin’s Creed Brotherhood mais de Mafia 3. Au bout de quelques heures de jeu, vous aurez sous votre commandement trois lieutenants : Cassandra, Burke, et Vito Scaletta. Chacun a sa spécialité : Cassandra est dans le trafic d’armes et vous permet donc d’améliorer vos armes ou d’en acheter des meilleures. Burke est dans la contrebande d’alcool, de véhicules et dans la corruption policière, ce qui vous permet de corrompre des policiers ou d’avoir à votre disposition des livraisons de véhicule. Vito, quant à lui, est spécialiste du crime et de la comptabilité, il vous permet de bénéficier de l’aide de mafieux pendant des combats (si vous en faites la demande), ou d’une conseillère qui vous permet de gagner plus d’argents et d’améliorer vos dépenses.

 

Selon le nombre de quartiers que vous accorderez à vos lieutenants, chacun améliorera ses spécialités et donc vous permettra de vous améliorer dans vos techniques et vos approches. Attention cependant : selon vos choix d’attribution, quel lieutenant vous favorisez ou défavorisez, cela générera un impact à la fin du jeu. Plusieurs fins sont proposées (trois exactement) à la destination du joueur selon ce choix-ci, justement. Faites attention à qui vous accorderez votre confiance et quel lieutenant vous souhaitez faire monter.

 

Du classique, mais efficace

 

mafiaiii_ps4_test_012Mafia 3, dans l’archi-classique du genre, a tous les défauts et les qualités d’un open-world lambda. Allant jusqu’à copier dans les mécaniques de gameplay, une nouvelle fois assez datées mais toujours aussi efficaces. Vous avez deux choix d’approche dans vos missions : l’action ou l’infiltration. Les gunfights font bien leur boulot, avec un feeling des armes très sympathique, et un système de couverture bien connu de tous les amateurs de TPS. Vous bénéficiez d’une arme de poing (comme un pistolet) et une arme lourde (mitrailleuse, fusil ou fusil à pompe), mais également de trois types d’armes de lancer : la grenade, le cocktail Molotov et la poupée vaudou (qui sert à attirer les ennemis dans un endroit choisi). À cela s’ajoute une roue de compétences qu’il s’agira de développer, puisqu’elle se compose des bonus et des aides que vous proposent vos lieutenants.

 

Pour ce qui est de l’infiltration, vous avez la possibilité de passer de la posture normale à une posture d’infiltration (en appuyant sur R3 sur Xbox One et PS4) : celle-ci vous ralentit mais dissimule le bruit de vos pas. Il s’agira de passer entre les lignes ennemies avec vos attaques silencieuses, tel que le corps-à-corps ou plus tard une arme avec silencieux qu’un de vos lieutenants vous offrira. Vous pourrez, lorsque vous êtes à couvert, attirer des ennemis vers vous en sifflant. Le tout est millimétré grâce à une jauge de vue de vos adversaires : lorsqu’un ennemi commence à vous voir, sa jauge se remplit, et si elle atteint le maximum, il vous a repéré. Un classique, encore une fois, et rien qui ne donne un vent d’air frais au genre.

 

Une technique aux fraises

 

mafiaiii_ps4_test_009Hélas, si, comme nous l’avions dit en premier chapitre d’article, l’ambiance et la narration sont incontestablement les deux grosses qualités du titre, Mafia 3 ne réchappe à une palette de défauts dont le plus symptomatique est celui de la technique. Ne tournons pas autour du pot, le dernier de la licence manque clairement de finition. À mesure de notre progression, on ne cessera de constater que les développeurs ont sorti leur titre trop tôt et qu’il est impératif de le patcher au plus vite, particulièrement sur les consoles. À commencer, tout d’abord, par une brouette de bugs qui s’accompagne avec la sortie du jeu : bugs, entre autres, de luminosité, d’impacts, de clipping, de scriptage et d’IA. Cela fait beaucoup, vous en conviendrez. À titre d’exemple personnel, sur PS4, nous avons été confrontés plusieurs fois à des cinématiques où la saturation était surélevée sans aucune raison apparente, ou à un bug de script qui nous a empêchés de poursuivre une mission optionnelle (heureusement), et résultat nous n’avons pas pu empocher la récompense de notre travail.

 

mafiaiii_ps4_test_010Puis de vue réalisation, on peine aussi à s’y retrouver. Nous avons parfois des paysages somptueux inspirés de la Nouvelle-Orléans, et parfois des plans dignes des débuts de consoles PS3 : aliasing, textures baveuses, etc… Le rétroviseur en voiture restera la plus grande catastrophe de ce titre (nous laisserons aux curieux le soin de voir ça d’eux-mêmes). Sans parler de la mise en scène (si on peut appeler cela de la mise en scène), des missions secondaires : des personnages secondaires censés nous aider se retrouvent figés dans un plan fixe qu’on aurait accepté à au temps de GTA III, rendant les interactions et les enjeux juste génériques. Ce qui est fort dommage à l’époque où des missions, même minimes, sont portées au diapason avec une mise en scène impeccable à la The Witcher III.

 

On regrette que le jeu donne cette impression de non-fini. Le jeu fourmille de détails qui contribuent à l’immersion, et il suffit d’un clipping ou d’un bug de textures pour qu’on en soit extirpé et régressé à notre statut de simple joueur. Vivement un patch…

En conclusion

5/10
Pour

+ Une narration aux petits oignons
+ Une ambiance distillée avec soin
+ Une B.O du feu de Dieu
+ Violent à souhait
+ La pluralité des fins
+ Une direction artistique parfois au sommet...

Contre

- ... Parfois digne d'un jeu de début PS3
- Une technique à la rue
- Une I.A complètement bugée
- Une ville manquant d'animation, de vie
- Répétitif
- Peu innovant

Mafia 3 ne sera pas le jeu du siècle, loin s'en faut. Malgré une ambiance et une narration qui font la grosse réussite du titre, le tout est sabordé par le manque total de finition. Rien n'y est épargné : graphismes, technique, IA, script... L'expérience est en soi plaisante (meilleure sans doute quand des correctifs seront déployés) mais vite répétitive. Le jeu pourra retenir notre attention pour sa singularité en terme de scénario, très sombre. Au-delà de ça, Mafia 3 est un génie dans le lieu-commun et le déjà-vu.