Avec la sortie des nouvelles générations de console, les studios de développement doivent apprendre à se renouveler. C’est précisément l’adage que se sont fixés les petits-bras de Guerrilla qui ont mis de côté (pour un temps ?) les Hellgasts pour se consacrer à un univers toujours futuriste mais radicalement différent. Fi des batailles interstellaires, des armes à feu et autres arsenaux de destruction massive : bienvenue à l’arc et aux flèches ! Des milliers d’année après notre ère, la civilisation moderne a été décimée et les derniers humains se sont regroupés en factions, n’ayant pour en découdre plus que leurs lances et leurs armes tout droit ressorties de l’âge de pierre. Une époque bien étrange où nos mugs à café sont devenus des pièces d’antiquité rare, où les machines robotiques côtoient les buildings  éventrés recouverts par la végétation, où les ruines d’une ancienne civilisation qui était la nôtre sont devenues des lieux corrompus et où les humains adressent leurs prières à une Déesse qui n’est autre qu’une intelligence artificielle avancée. Une symbiose contrastée qui marche et qui marque une profonde confrontation entre le retour du cultuel pré-historique et la post-modernité vue comme une trace divine d’un temps dévolu. Horizon : Zero Dawn pose d’emblée les jalons d’un univers prenant et immersif, aussi magnifique que dangereux. Bref, un jeu qui vous prend aux tripes de bout en bout et qui prouve une fois de plus qu’il peut y avoir une part de poésie et de finesse dans les cerveaux de ceux qui ont par le passé réalisé des jeux d’action bourrés aux testostérones.

 

Horizon : Zero Dawn, c’est avant tout l’histoire d’Aloy, une jeune paria rejetée depuis sa naissance par toutes les factions pour des raisons inconnues au joueur. N’ayant que pour seul précepteur et père spirituel un certain Rost, elle sera formée pendant une vingtaine d’années à la survie, à la maitrise de l’arc et de la lance, ainsi qu’aux acrobaties pour pouvoir se balader librement dans les paysages toujours plus tortueux de son monde. Car, Aloy doit pouvoir être réintégrée dans sa communauté et devenir une Nora comme les autres : et pour cela, elle doit réussir le test de l’Eclosion qui l’adoubera. Seulement, tout ne se passe pas comme prévu et Aloy devient le sujet de convoitises auprès de mains malicieuses qui chercheraient à la capturer pour des raisons inconnues. L’enquête sur ses origines débute alors. Celle-ci mettra à jour la réelle identité du personnage principal, ainsi que l’histoire de son monde et la source des machines robotiques qui le peuplent et qui chaque jour deviennent de plus en plus agressives et puissantes.

 

Aloy verra

 

Guerrilla a fait fort en recrutant un scénariste mastodonte du jeu vidéo : John Gonzales. Un choix qui n’est pas anodin puisque ce dernier a déjà pu s’essayer aux scénarios post-apo puisqu’il a scénarisé le titre à succès de Bethesda, Fall out : New Vegas. Et d’emblée, la mayonnaise prend. En ayant fait le choix d’une narration interne, où l’on suit et découvre les phénomènes qui peuplent l’univers d’Aloy en même temps qu’elle, sans l’artifice d’un discours extradiégétique qui viendrait nuire à l’immersion, les liens entre le joueur et l’avatar deviennent plus qu’inexorables. Ainsi nous suivons ce personnage brut de décoffrage depuis ses premiers mois jusqu’à son passage à l’âge d’adulte, après quelques heures qui posent le décor et distillent les premiers éléments qui laisseront entrevoir les futurs enjeux de l’histoire. L’enfance d’Aloy sert de tutoriel à l’appréhension de l’univers vaste et périlleux qui l’entoure : apprentissage des bases du combat, de la chasse, des escalades… Vous ne serez pas en reste quand vous serez lâché en pleine liberté sur les terres hostiles. Un début sobre et efficace qui ne manquera pas d’entamer les premières attaches entre Aloy et le joueur, notamment en le confrontant à des premiers choix moraux, dont l’influence sur la suite de l’aventure est cependant légère. Du reste, les possibilités de choix qui suivront auront surtout l’attrait d’engager le joueur plus avant dans la relation qu’il entretient avec la protagoniste. Car Aloy est particulièrement attachante : curieuse, astucieuse et surtout d’un caractère affirmé, elle a tous les attributs pour devenir la nouvelle icône de Playstation.

 

L’univers de Horizon : Zero Dawn est lui-même aussi costaud et riche que le personnage principal. Le fil rouge du titre qui vise à découvrir les origines d’Aloy est agrémenté de sous-intrigues liant l’histoire des différentes factions et tribus qui peuplent les terres, celle des machines, mais également l’histoire des événements qui ont conduit la civilisation moderne à sa disparition totale. Plusieurs autres implications engageront alors le joueur, sur ses orientations selon les tribus, sur l’exploration des creusets qui permettront d’en découvrir davantage sur le passé de son monde etc. Un scénario fourmillant, donc, riche et à la fois complexe mais réussissant à ne jamais perdre le joueur qui prend plaisir à en apprendre davantage depuis les yeux d’Aloy. Si certaines trames sont moins passionnantes que d’autres, comme celles sur les enjeux et l’histoire des différentes tribus, il n’en demeure pas moins que l’on reste accroché à chaque instant par une mise en scène impeccable et une narration portée aux gémonies. On regrettera néanmoins que certains personnages secondaires manquent de profondeur, et dont certaines disparitions ou adieux manquent d’impact en raison du fait que leurs personnalités ou leur histoire aient été survolés rapidement.

 

Quand la machine est bonne

 

Horizon : Zero Dawn est également un condensé de ce qui se fait de mieux sur les consoles nouvelles générations. Avec le nouveau moteur graphique Decima, les développeurs de Guerrilla Games ont pu produire un monde ouvert extrêmement dense et riche sans jamais fourvoyer les capacités techniques de la console. Autant le dire tout de suite : le nouveau titre de la boite néerlandaise va vous décrocher la mâchoire par sa beauté et son réalisme. De la flore luxuriante, aux lumières chiadées, en passant par la direction artistique sublimée par un cycle jour/nuit en temps réel et des conditions météorologiques vacantes, chaque souci du détail est étudié et travaillé avec soin pour le plus grand plaisir de nos prunelles. Les paysages de Horizon : Zero Dawn, aussi pluriels que pittoresques, sont dignes des plus belles cartes postales – des montagnes enneigées aux plaines arides et désertiques, en faisant un détour vers les forêts tropicales, jusqu’aux grottes souterraines ou les mégapoles grisantes de grandeur, tout a une grâce et une cohérence implacables. Guerrilla Games nous a fait un travail d’orfèvre : chaque zone du jeu est d’une prouesse technique jamais atteinte pour un monde ouverte. On en tire notre chapeau.

 

Les animations ne sont pas en reste non plus. Les machines robotiques sont ultra-réalistes dans leurs façons de se mouvoir et de se fondre dans l’environnement. Le souci de l’immersion est totale : pour peu que l’on prenne le temps d’observer chacune d’entre elles (on en compte une bonne trentaine), on découvre des comportements et des gestes particuliers selon l’environnement dans lequel elles se trouvent. De véritables intelligences artificielles qui nous font imaginer les retors qu’elles peuvent nous causer lors des affrontements. Le souci du détail se ressent même jusque dans les vibrations de la manette et la bande sonore. Le gigantisme de certaines machines est palpable et l’impression de petitesse de notre personnage face à ces monstres d’acier et de métal est permanente. En bref, tout est d’un réalisme et d’une minutie gargantuesque qui reflète bien tout le travail abattu par les développeurs pour nous faire vivre une expérience incroyable. Seul petit bémol à pointer au tableau : certaines animations faciales d’humains qui tendent à la rigidité voire au robotisme, peinant par instants à nous faire ressentir les émotions et sentiments qu’ils tentent de nous faire dégager. Ce qui est un point non négligeable pour un jeu qui centralise son aspect narratif sur les dialogues et les choix moraux à la façon d’un RPG.

 

Un ARPG (presque) complet

 

Parce qu’en effet, Horizon : Zero Dawn emprunte pour beaucoup au style du Action-RPG en compilant les caractéristiques qui lui sont propres. Tout d’abord, par un arbre de compétences qui permet à Aloy de s’octroyer des capacités nouvelles venues ajouter du piment et de la diversité dans vos approches. Divisé en trois branches, cet arbre vous permettra entre autres choses d’améliorer votre discrétion, votre force ou votre stature de survivaliste. Entre diminuer le bruit de vos pas, récolter plus de loots sur les ennemis que vous dépouillez, ou faire plus de dégâts dans vos attaques, il faudra faire votre choix. Pour obtenir des points de compétence, il faudra accomplir des quêtes (nombreuses et diverses) qui vous récompenseront par des éclats de métal (qui sert de monnaie mais également de crafting) et des points d’expérience qui, cumulés, vous feront gravir les niveaux. De ce point de vue, le système est bien pensé car méritoire : plus vous serez subtil et prendrez votre temps dans vos approches de jeu, plus vous aurez de points d’expérience. Tuer discrètement un ennemi vous donnera un double d’expérience par rapport à une attaque frontale et bourrine.

 

À cela s’ajoute un système de crafting : vous pourrez fabriquer vos munitions, vos armes et vos tenues avec des ressources que vous trouverez sur certains ennemis, certaines plantes ou certains animaux dans des localités bien précises sur la map. En cela, la récolte et l’exploration sont essentielles car vous aurez constamment besoin d’améliorer vos équipements pour augmenter la taille de votre carquois, de votre sac etc… Mais également pour ne jamais être à court de munitions : car oui, les flèches de votre arc ne sont pas éternelles et vous ne pourrez de surcroit pas les récupérer sur les cadavres que vous laisserez sur votre route. L’interface est en cela très bien faite, car rien ne vient opérer une rupture avec le gameplay : lorsque vous voulez crafter, le temps se ralentit légèrement et vous pouvez continuer à vous mouvoir. Ce qui est fort pratique en plein affrontement. À cela s’ajoutent également l’amélioration de vos armes et tenues, le commerce avec un système de vente et d’achat, qui viennent agrémenter par-ci par-là l’expérience d’un RPG.

 

Exigeant mais jamais frustrant

 

Horizon : Zero Dawn a aussi des faux airs de jeu casual. S’il emprunte énormément à certains systèmes, comme Assassin’s Creed par l’actualisation de la map en se rendant au sommet non pas d’un clocher mais d’un Grand-Cou, ou à Far Cry Primal par son système de chasse et d’exploration, le titre n’en reste pas moins plutôt difficile et exigeant. Tout d’abord, par son monde hostile qui vous réserve pas mal de surprises : les machines sont hostiles et les plus petites d’entre elles peuvent avoir votre peau pour peu que vous vous y preniez mal. Les premières heures de jeu vous apprendront à ne pas favoriser le bourrinage salace mais à étudier les failles et les stratégies possibles pour sortir indemne d’une confrontation. Le Focus, outil d’une civilisation antique, vous permet de scaner les lieux mais également vos ennemis : leurs faiblesses et leurs points forts sont alors présentés au joueur. Inutile de dire que l’infiltration est de mise si vous voulez vous en sortir, car il ne suffit aux machines que d’un ou deux coups pour vous terrasser sans ménagement. Il faut donc une approche réfléchie et minutieuse pour ne pas vous retrouver sous les crocs d’un Carapateur. En somme, Horizon : Zero Dawn est exigeant sans jamais être frustrant car le joueur est toujours récompensé à la juste mesure de ses exploits pour se sortir des situations les plus périlleuses.

 

En conclusion

9/10
Pour

+ Un monde vaste, riche, et splendide
+ Le personnage d'Aloy
+ La narration aux petits oignons
+ Le background du jeu, travaillé et cohérent
+ La durée de vie (35-45H)
+ La technique, les graphismes, la réalisation aux gémonies
+ Des inspirations bien foutues

Contre

- Certaines animations faciales qui manquent de fluidité
- Certains dialogues paraissent artificiels

Horizon : Zero Dawn est tout simplement la claque de cette année : sûrement d'ailleurs est-il le meilleur jeu à monde ouvert de ces dernières années. Riche, vaste, varié, somptueux, intense tout a de quoi nous laisser la mâchoire décrochée pendant l'expérience de jeu. Guerrilla Games a su se renouveler avec brio et fait entrer Aloy parmi les personnages les plus emblématiques de la PlayStation. Un jeu à se procurer sans aucune excuse !